Benoît

40 ans, Passager de la Maison de Rodolphe


« Mon chemin n’est pas terminé »

Benoît, 40 ans, est Passager à la Maison de Rodolphe.

Les mois qui ont précédé son arrivée, il les a passés sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle qu’il a parcouru à l’aller et au retour - quelques 7 000 km - avec la volonté de tourner une page sur sa vie d’avant. Entreprise seule, sa quête s’est poursuivie avec un chien famélique rencontré dans les Landes. Il a immédiatement adopté l’animal abandonné qui est devenu son meilleur ami.

A Lyon, il a décidé de “se poser pour un temps”. « Je souhaite régler des soucis administratifs liés à ma vie professionnelle d’avant où j’étais brocanteur », dit-il.

Quand on l’interroge sur son projet, Benoît précise qu’il a fait des démarches auprès de Pôle Emploi, et cherché, avec son éducateur une voie du côté du programme P.E.R.L.E.(1), mais en vain.

Très vite, il ajoute : « Mon chemin n’est pas terminé ». On sent que l’hypothèse d’un emploi à Lyon ne le séduit pas particulièrement, qu’il y a fait halte temporairement.

« Nulle part ailleurs, dans tous les lieux où je suis allé ces dernières années, précise-t-il, j’ai vu un lieu tel que la Maison de Rodolphe où l’on puisse être accueilli dans d’aussi bonnes conditions avec son chien. Mais d’ici quelques temps, je pense reprendre mon chemin, probablement en Italie vers Assise. Par le passé, je me suis beaucoup intéressé au bouddhisme pour m’en éloigner progressivement et désormais chercher ma vérité auprès des maîtres spirituels de l’Europe occidentale. Mon chemin est introspectif, spirituel. François d’Assise par son amour des bêtes et de la Création m’interpelle. Avant Assise, je me propose de rencontrer Guy GILBERT ; ce que j’ai lu de lui, de son idée de l’homme, de son amour des animaux m’intéresse.»

De sa vie du moment à la Maison de Rodolphe, Benoît s’en dit très heureux.« J’ai envie de remercier ceux qui ont réalisé ce projet et qui le font vivre », livre-t-il, enthousiaste, avant de dire combien il apprécie l’accueil et l’aide qui lui ont été réservés quand, par le biais du 115, il a été orienté ici.

Puis il partage quelques réflexions sur ses compagnons, ces hommes qui vivent là quelques semaines, quelques mois. « Ce ne sont pas de vrais SDF, pour la plupart, pas ces types que les gens imaginent tout le temps ivres, comme on peut en voir certains dans les rues. Beaucoup sont des gars très sensibles qui ont été en échec scolaire, qui ont vécu en squat mais qui ont une vraie richesse intérieure. Ils sont passionnés par les animaux - pas seulement les chiens d’ailleurs ! Ils compatissent à la souffrance animale. Ici les chiens facilitent la relation sociale ; ça unit les personnes indirectement. Quand on rencontre un homme avec un animal, on s’intéresse d’abord au chien, on en parle, alors la glace a fondu et on peut parler d’autre chose… »

Quand il évoque à nouveau le jour où il a adopté son chien dans les Landes, Benoît a cette jolie formule : « C’était la rencontre d’un clochard vagabond et d’un chien sans papiers. » Rencontre plutôt heureuse, serait-on tenté de conclure.

(1) P.E.R.L.E. - Parcours Évolutif de Retour vers le Logement par l’Emploi