Le Foyer

L’histoire du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri 

Une réponse à la crise du logement

Au lendemain de la seconde Guerre Mondiale, la France traverse une grave crise du logement. En 1949, trois amis, professeurs de l’enseignement public, Gabriel Rosset, Georges Belleville et Henri Tournissou, partagent la même foi, et ont décidé d’habiter ensemble 19 rue Burdeau à Lyon 1er

De nombreux décès touchent des hommes sans familles ni ressources, passant la nuit sous les ponts de Lyon. Touchés par cette misère, les trois amis leur distribuent des couvertures et en invitent certains chez eux pour un repas ou une nuit. 

Avec d’autres membres de la Paroisse Universitaire et de la Chronique sociale, ils se réunissent régulièrement à la Conférence Saint-Vincent de Paul dont ils sont membres, conscients de l’urgence d’agir pour les personnes sans logement.


Le café comptoir au Monde Nouveau, berceau du Foyer – © DR

La naissance d’une grande histoire

Le 24 mai 1950 Gabriel Rosset, Georges Belleville et Henri Tournissou créent l’association loi 1901 « Le Foyer des Sans-Abri » qui deviendra quelques années plus tard « Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri ». 

Ils sont à la recherche d’un local pour aménager un asile pour des sans-abri. Début décembre, le directeur du service de la Population à la Préfecture, Monsieur Arnion, leur fait savoir que les Sœurs du Prado quittent leur local du 3, rue Dumoulin Lyon 7e.

La veille de Noël, le 23 décembre 1950, dans un ancien café comptoir désaffecté nommé « au Monde Nouveau », dans le 7ème arrondissement de Lyon, une petite équipe de bénévoles — les « serviteurs » — ouvrent les portes du premier centre d’hébergement de l’association pour des hommes sans abri. Ils y accueillent 11 « malheureux » la première nuit, 50 la deuxième, puis c’est l’afflux – les locaux sont déjà trop petits.

Autour des fondateurs, un véritable courant d’engagement se constitue.

Ouvert initialement pour quelques jours, Le Foyer garde ses portes ouvertes. Gabriel Rosset en assure la responsabilité. En 1952, le café est démoli pour être remplacé par l’immeuble actuel situé au 3 rue Père Chevrier (Lyon 7ème). Il possède alors deux grands dortoirs où une centaine d’hommes seuls, les « passagers », peuvent trouver des draps propres, de quoi se nourrir et se laver. Ils y sont soutenus et écoutés par des bénévoles qui les aident à retrouver du travail et un avenir.

Devant la porte de l’asile de nuit en 1950 – © DR

L’indispensable développement au profit des familles

Au début de l’année 1954, Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri initie une période d’importants développements. L’équipe prend conscience qu’elle doit aller au-delà d’un simple asile de nuit pour hommes isolés et proposer un ensemble de réponses, notamment des logements d’urgence, pour accueillir des familles.

L’association fonde alors Le Comité Lyonnais de Secours d’Urgence aux sans-abri (CLSU), organisation parallèle au Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, avec un programme de construction de logements de dépannage et de rénovation de locaux vacants.

Grâce à l’aide des donateurs, des terrains sont achetés afin de construire des logements décents pour les nombreuses familles qui s’entassent dans les bidonvilles de la banlieue lyonnaise. Le maire de Lyon, Louis Pradel, accompagne Gabriel Rosset dans ces bidonvilles. À la suite de cette visite s’initie une collaboration suivie entre les œuvres privées et les pouvoirs publics. 

Des chalets en bois sont construits pour parer au plus pressé, puis des maisons en semi-dur viennent prendre le relais dans les années 60.

Gabriel Rosset pourra écrire : « Quand on est sûr que le secours des gens en perdition ne peut venir d’ailleurs, on apporte ce que l’on peut, l’aide si limitée soit elle. C’est toujours le même pas qu’on recommence. Guillaumet expliquait aussi à Saint-Exupéry comment il était arrivé à traverser les Andes. Nous avions à faire de même pour franchir les obstacles énormes qui s’opposaient à la construction, par nos propres moyens, des nombreuses maisons indispensables. »

Pour Gabriel Rosset, être à l’abri ne suffit pas, il faut aussi que les familles puissent être intégrées le mieux possible sur le lieu de résidence. Des activités sont offertes aux enfants et adolescents : aide aux devoirs, dessin, musique, sport, des chantiers initient les plus grands aux métiers du bâtiment. Des actions sont également réalisées par des bénévoles en direction des parents par des ateliers de puériculture, d’hygiène, travaux de couture et de lingerie, ou d’équilibre du budget…

Le bidonville de Gerland – © DR
Le Foyer construit des chalets en bois pour résorber les bidonvilles – © DR
La construction de la cité de la Rochette à Caluire – © DR

1 500 logements créés en 20 ans

En 20 ans, l’association va créer 1 500 logements à Lyon et dans sa banlieue.

Pour favoriser la promotion des familles logées dans ces logements « de transit », Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri crée en 1972 une société d’HLM qui, par la suite, portera le nom de son fondateur, la S.A. d’HLM Gabriel Rosset. Des immeubles plus grands viennent remplacer les constructions légères des premières années.

En 1999, Deux Fleuves Rhône Habitat (ex Opac du Rhône) devient l’actionnaire majoritaire de la S.A. d’H.L.M. Gabriel Rosset, Le Foyer se consacrant pleinement à ses missions d’accueil, d’hébergement, d’accompagnement et d’insertion.

Au lendemain de Noël 1974, Gabriel Rosset meurt à 70 ans, en pleine activité. Peu de temps avant sa mort, il avait écrit : « Si quelqu’un nous avait dit, en 1954, que nous allions construire 1 500 logements pour 3 000 adultes et plus de 5 000 enfants dans nos cités de transit – ce qui représente la construction d’une ville de 8 à 10 000 habitants -, nous l’aurions pris pour un fou. Et c’est cela qui est arrivé. »

Depuis, l’association n’a eu de cesse de développer ses actions au profit des plus démunis, imaginant et animant au fil des ans un ensemble de dispositifs adaptés aux différents profils des publics accueillis, les « passagers ».

Les premières heures du Foyer en 1954

« On sait comment on construit une maison, en connaissance de cause, après avoir étudié et résolu tous les problèmes de construction (…). Or Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri n’a pas été voulu, ni conçu ainsi. Il a plutôt poussé comme un arbre, branche par branche, bourgeon par bourgeon, le tout se mettant en place année après année, comme dans une vie (…). Ce n’est pas une entreprise méthodiquement préparée, calculée, conduite scientifiquement, ou plutôt, ce n’est pas que cela. C’est surtout une aventure spirituelle (…). Un courant, un élan, un appel ».

Gabriel Rosset– Rencontre avec les nuées de feu

Gabriel Rosset (1904-1974)

Gabriel Rosset (1904-1974) est né à Champier en Isère, dans une famille d’origine paysanne. Il entre à l’Ecole Normale de Grenoble puis à l’Ecole Normale Supérieure de Saint Cloud. Il est nommé au Lycée Chaponnay à Lyon, où il reste jusqu’à sa retraite. Au sein d’un groupe d’amitié chrétienne réunissant de jeunes étudiants catholiques autour de Marcel Legaut, il rencontre Antoine Martel. À son exemple, Gabriel Rosset oriente définitivement sa vie au service des autres dans le respect de la voie chrétienne. Il devient le serviteur des sans-abri, vit au Foyer, partage leurs conditions de vie, leurs loisirs : un véritable rapport d’égalité se noue entre eux. Durant 25 ans, il partage sa vie entre ses élèves et les passagers — les personnes accueillies par l’association. Il sera le responsable puis le Président du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri.

Georges Belleville (1912-1995)

Georges Belleville (1912-1995) est né à Cran-Gevrier (Haute-Savoie). Major de sa promotion à l’Ecole Normale de Bonneville où il fut un élève de Gabriel Rosset, puis il entre à l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud. Devenu professeur de lettres dans les écoles normales d’Albertville et de Lyon, il termina sa carrière universitaire comme professeur de philosophie au Lycée Public des Minimes de Lyon. Ce fut, toute sa vie, un homme d’Evangile, méditatif et actif. La preuve en est : sa collaboration avec Gabriel Rosset dans la fondation du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri où il a continué à apporter sa participation.

Henri Tournissou (1909-1999)

Henri Tournissou (1909-1999) d’origine très modeste, élève à l’Ecole Normale de Lyon, il enseignait à Villeurbanne. Cet instituteur exerçait de lourdes responsabilités syndicales, luttant pour que les petits soient respectés et pour que la liberté de conscience s’inscrive concrètement dans l’institution scolaire. Avec Georges Belleville et Gabriel Rosset, ils vivaient en une petite communauté dans un appartement sur les pentes de la Croix Rousse. Ensemble, ils fondèrent Le Foyer. A leur retraite, MM. Tournissou et Belleville désirant servir l’Eglise dans le presbytérat, furent tous deux ordonnés prêtres à Lyon en 1971.


L’histoire du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri

Créé à Lyon le 31 mai 1950 par Gabriel ROSSET, Georges BELLEVILLE et Henri TOURNISSOU avec une équipe de bénévoles

Ouverture du premier centre d’accueil rue Dumoulin qui deviendra le Centre Gabriel Rosset, rue Père Chevrier (Lyon 7ème)

Le Foyer développe ses actions au profit des familles

Aménagement de la première cité pour familles à La Mulatière

Première Grande Vente du Foyer

Construction de chalets de relogement d’urgence pour résorber les bidonvilles

Développement d’une action Sociale auprès des familles et enfants.

Ouverture du premier Bric à Brac à Vaise (Lyon 9ème)

Création de la Société HLM du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri autorisée par le Ministère du Logement

Destruction des Maisons Coupoles, remplacées par 28 logements de type HLM à Brignais

Le Foyer gère le dispositif de Veille Sociale Téléphonique pour le département du Rhône (le « 115 ») jusqu’en 2015

Développement des Accueils de Jour

Création d’un Atelier et Chantier d’Insertion de Tri et reemploi Objets

Ouverture de La Chardonnière (Francheville)

Ouverture du Foyer à Villefranche-sur-Saône (Centre d’Hébergement, Accueil de Jour, Bric à Brac)

Ouverture de la Maison de Rodolphe (Lyon 8e)

Ouverture de l’Agapè (Lyon 8e)

Lancement du Parcours Évolutif de Retour vers le Logement par l’Emploi

Ouverture du Bric à Bike, l’atelier vélo du Foyer (Lyon 7e)

Ouverture Halte de Nuit l’Escale

Ouverture du Tiers-Lieu les Grandes Voisines

Développement du programme CoCon, villages de tiny houses co-construits et co-animés avec les résidents

Ouverture du Centre Logement pour Enfants et Femmes

Ouverture de La Friperie par Le Foyer

Foire aux questions

A quelle date l’association Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri a-t-elle été créée ?

L’association a été créée à Lyon en mai 1950. Le premier asile de nuit a ouvert ses portes le 23 décembre 1950, à l’emplacement de l’actuel Centre Gabriel Rosset, situé au 3 rue Père Chevrier, dans le 7ème arrondissement de Lyon.

Qui sont les fondateurs du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri ?

Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri a été fondé en 1950 à Lyon par trois professeurs : Gabriel Rosset, Georges Belleville et Henri Tournissou. Touchés par la détresse des personnes sans-abri, ils ont ouvert le premier centre d’accueil dans un ancien café, donnant naissance à une grande aventure de solidarité.

Qu’est-ce qu’un “passager” dans le vocabulaire du Foyer ?

Depuis sa création, Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri a choisi l’appellation de « passager » pour désigner les personnes à qui il vient en aide. Ce nom porte en lui toute l’ambition des bénévoles et salariés : que chacun ne soit que de passage dans l’épreuve de la pauvreté et de la précarité ; qu’il trouve dans l’appui proposé par l’association les forces et les ressources nécessaires à son autonomie et à son épanouissement.

Où trouver des informations sur l’histoire du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri ?

Axelle Brodiez-Dolino (historienne, CNRS), a publié en 2020 un ouvrage intitulé Des sans-logis aux sans domicile. Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri à Lyon depuis 1950, qui propose une étude approfondie de trois décennies d’évolution, dans le contexte social français.